Je vous avoue, chers Players, que je suis un peu fébrile à la rédaction de cet article. Fébrile car je ne sais pas si je vais pouvoir rendre compte de toute l’âme d‘Ôkami. Je ne sais pas, car c’est un de ces jeux qui vous laisse une marque à jamais, une expérience inédite. Un de ces jeux qui vous prouve qu’en dépit de la technique, c’est la créativité qui prime.
Le « génie », comme on pourrait l’appeler; même si ce terme me paraît toujours un peu fort et hors de propos. Mais voilà, je ne savais pas vraiment par quoi commencer, et pourtant je commence à faire une déclaration d’amour. Il faudra cependant préciser un fait avant toute chose, en parlant du studio responsable du développement original d’Ôkami sur PS2 : Clover Studio. En effet vous n’êtes pas sans savoir que ce jeu, comme en son temps le fameux Ico, n’a malheureusement pas touché le cœur des foules, et Clover a dû fermer ses portes. Ôkami a donc été racheté par Capcom, qui en a confié l’adaptation sur Wii à Ready At Dawn Studio, conscient du potentiel du jeu, et prenant le risque de lui donner une seconde chance grâce à la console de Nintendo. Forts de ces précisions, nous pouvons entrer dans le vif du sujet.
Cette nuit fut une sombre nuit pour le Nippon. Ce fut la nuit où les ténèbres envahirent le pays! La paix et la protection d’Ôkami volèrent en éclat, car Orochi, le démon à huit têtes, était libre. Orochi engloutit le soleil, la nature et les hommes, laissant le monde dans l’obscurité. Seul Kamiki, un petit village, fut sauvé grâce à la protection de Sakuya, fée de la forêt habitant l’Arbre Sacré. Face à cette tragédie, Sakuya se sacrifia dans le but de raviver l’ancienne alliance qui unissait le monde et Ôkami. À cet instant, l’espoir revint sur le monde. Amaterasu Ôkami, déesse du soleil, se réveilla, sous les traits d’un loup blanc. C’est donc à vous qu’il incombe de rendre ses couleurs à la nature, noyée sous la bile infâme d’Orochi. L’aventure commence, vous êtes rejoint par Issun, un artiste errant de la taille d’un doigt, qui se plait à fureter dans le décolleté des demoiselles (!). Celui-ci va d’ailleurs vous apprendre votre toute première technique et vous accompagnera pendant l’ensemble du jeu. Vous arrivez ensuite au village de Kamiki. Ce qui frappe bien sûr d’entrée, ce sont bien sûr les graphismes. Un cell shading original, inspiré des estampes japonaises, couplé à un mélange de 2d-3d, d’où résulte une cascade de couleurs et de formes fantaisistes tout bonnement surprenante, voire déconcertante. Ça fait bien longtemps qu’on n’avait pas vu un graphisme aussi stylé sur une console de salon. Les personnages sont tous attachants, tous uniques, et nous font parvenir des émotions sincères, quand vous réunissez un grand-père et sa petite fille séparés par une malédiction pestilentielle, ou que vous sauvez le chien d’un petit garçon de la noyade. La technique du jeu n’est pas la plus impressionnante qui soit, loin de là même. Mais les artistes ayant travaillé sur Ôkami prouvent ici qu’une vitrine de capacités techniques n’est pas nécessaire pour mettre en valeur un jeu, car seul l’âme que l’on met dans son œuvre, avec le cœur, avec les tripes, fait la différence. On se plaît alors à contempler une nouvelle région que l’on découvre, à admirer la cascade de fleurs de cerisier quand on la délivre de la malédiction, on ne voudrait plus que ressentir la brise passant dans les branches, sous un soleil matinal…
Après un début un poil trop lent, l’aventure vous emmènera dans de nombreux lieux maudits, villages déserts, forêts lugubres, cavernes, plaines, forteresses démoniaques, lesquels vous devrez purifier afin de rendre sa place à la nature. Clairement écologiste, le jeu vous permettra de compter sur les forces de la nature pour vous aider : lianes pour traverser des gouffres, nénuphars pour traverser des lacs, utiliser la force du vent, de la foudre, de l’eau pour terrasser vos ennemis; les capacités que vous octroieront les Kamis, vous permettront par le biais du pinceau céleste d’Issun de faire renaître lacs, arbres, forêts, animaux et humains. Chaque acte divin, aider un villageois, nourrir des animaux, guérir un arbre, vous rapportera de l’expérience, les sphères de bonheur, qui vous autoriseront l’accès à de plus grandes barres d‘énergies et de magie, mais vous pourrez également obtenir par les quêtes optionnelles de quoi booster vos armes. Vous pourrez mettre la main sur quantité de trésors, pierres précieuses, poteries, que vous pourrez revendre en échange de précieux ryos, la monnaie locale, à dépenser par exemple chez le maitre d’armes pour de nouveaux combos, ou chez les nombreux marchants que vous croiserez, contre des artefacts de soin ou de protection. Vous aurez aussi l’occasion de trouver des fragments de soleil (qui a dit fragment de cœur?) pour rajouter un soleil tous les trois fragments réunis. Enfin, dans les forteresses infestées de démons, vous ne pourrez éviter la confrontation avec le maître des lieux. Une fois battu, vous obtiendrez une arme supplémentaire, augmentant ainsi vos bonus de frappes. A ce propos, l’utilisation des armes est dans Ôkami fort ingénieuse. Vous pouvez vous équiper de deux armes à la fois: une primaire et une secondaire. Par exemple, si vous mettez le miroir en secondaire, il vous servira de bouclier, et vous pourrez ainsi contrer les ennemis par une splendide prise de catch héritée de Zanghief (Capcom quand tu nous tiens)! Le rosaire placé en primaire donnera de splendides coups de fouet lumineux, tandis qu’en secondaire, vous tirerez des flèches de lumière sur l’adversaire. Puisqu’on parle d’aider la nature et les habitants, sachez que les quêtes secondaires sont incroyablement nombreuses, allant de la course avec les postiers (tiens donc) à la recherche de têtes mises à prix, en passant par des petites missions pour agrémenter la vie des villageois, et il est probable que vous finissiez le jeu sur un premier tour en oubliant une grosse partie de ces quêtes derrière vous, notamment les perles rares, qui permettent d‘obtenir le bonus ultime que je tairai ici. Mais pas de panique! En jeu Capcom qui se respecte, vous aurez la possibilité de faire plusieurs tours de jeu grâce à la sauvegarde à la fin du jeu, vous permettant d’utiliser quelques bonus sympathiques comme de nouveaux skins pour Amaterasu, une galerie d’artworks et de vidéo très complète. La durée est très conséquente, ce qui est un point très positif de nos jours. Mon premier tour s’est élevé à 43heures de jeu. Ok j’aime flâner dans les jeux, mais quand je me suis rendu compte de ce qui me manquait, la durée de vie totale est estimable entre 65 et 80 heures de jeu pour un tour complet. A vérifier, mais cela me semble tout à fait concevable. Mais cette durée n’aurait aucun intérêt si la maniabilité ne suivait pas. Et soyez rassuré, tout va bien aussi de ce côté-là. Il faudra tout de même un moment avant de vous sentir à l’aise, mais après quelques quêtes simples, tout rentre dans l’ordre, et vous êtes fin prêt pour partir à l’aventure.


J’aimerais pour finir revenir sur l’ambiance générale d’Ôkami. Outre la patte graphique unique, dont je ne tarirai pas d’éloges, je vais parler de la bande son… et là… le point noir. NON je plaisante, la bande originale est de toute beauté, épique, planante, elle rythme parfaitement le jeu avec tambours, cuivres, violons, harpes, koto et shimasen et tout le folklore japonais est réuni en une ultime invitation aux rêves et aux voyages. De plus les personnages parlent en borborygmes, (comme dans Animal Crossing, par exemple) ce qui évite la possibilité d’un doublage raté, ce qui aurait grandement nuit à l’ambiance du jeu. L’histoire nous immerge aussi très facilement, avec de nombreux rebondissements fort sympathiques. Et enfin, ce qui m’a le plus surpris dans ce jeu, ce pourquoi l’aventure est encore plus attirante qu’avec les arguments précédents. Je m’explique: personnellement à la sortie PS2, n’ayant pas la console, je n’avais pris le temps de ne lire aucun test… J’avais juste vu quelques images et vidéos, me disant « voilà un jeu qui a l’air vachement bien! ». Quand j’ai appris la sortie Wii, je n’en ai pas lu non plus, connaissant une partie de la renommée du jeu, je voulais garder le maximum de secret autour de celui-ci. Un jeu qui avait l’air à ce point poétique, il fallait le découvrir sur le coup. Quelle ne fut pas ma surprise!! L’élément qui m’a le plus accroché, c’est, en plus de la poésie et l’onirisme du titre, son humour et sa liberté de ton qui m’ont beaucoup déstabilisé! Ce petit Issun, aussi petit qu’il est obsédé par les poitrines, Amaterasu qui grimace à de nombreuses reprises, les Kamis qui vont du maladroit au gros nul en passant par l’alcoolique notoire et le violent de service, Papi Mandarine et son kung fu de l’haleine fétide! Bourré de référence à d’autres jeux de Capcom (Street Fighter plus haut, Resident Evil, Devil May Cry, Viewtiful Joe et j’en oublie sans doute; Je suis sûr qu‘un Megaman traîne quelque part), de référence au cinéma (Le Bon La Brute et Le Truand, Le Voyage Fantastique, Rocco et les se… non pas celui là) et même… une référence au coup de boule du magicien Zidane (spécial Tich‘ celle-ci) les traducteurs français se sont lâchés, et ça fait un bien fou! N’oublions pas non plus l’un des personnages clés, Susano, le plus grand guerrier du Nippon qui vous surprendra à plusieurs reprises par ses techniques de combat et de méditation. Et surtout, Ôkami est le premier jeu auquel je joue où le personnage principal, afin de provoquer ses adversaires, urine devant eux au lieu de se battre ou bien « mine » le terrain de cacas divins explosifs! Redoutable!
Vous l’avez compris, Ôkami est LA perle que j’attendais depuis longtemps. Un vibrant hommage à une série mythique qu’est Zelda dans nombre de ses schémas, ce dernier a désormais beaucoup à apprendre de son successeur. Bourré d’humour, de références, un système de jeu qui a fait ses preuves depuis des années (Zelda toujours) dépoussiéré pour l’occasion, un scénario très agréable à suivre, qui vous mènera d’un bout à l’autre du Nippon, un très beau pays selon moi. Et un très beau jeu, créé par des amoureux de l’art et du divertissement, du vrai, celui qui vous fait passé un long moment toujours agréable. Merci Capcom, merci Ready At Dawn, et surtout, Merci à Clover, leur bijou a enfin obtenu ses lettres de noblesse.


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Graphismes: 10/10
Son: 10/10
Gameplay: 9/10
Durée de vie: 9/10
Le Verdict: 9,5/10 !!
t’as raison, il est beau ce jeu, putain…
N’est-ce pas